dimanche 18 décembre 2011

catastrophe ? et alors ?


Que tous les gens de bonne foi qui croient aux vertus du « développement durable » s’interrogent : constatent-ils un ralentissement de la déforestation ? de l’émission de gaz à effet de serre ? de la bitumisation des campagnes ? de l’automobilisation de la planète ? de la disparition des espèces ? de la pollution de l’eau ? Le « développement durable » sera efficace si l’on se donne le temps, croient-ils. Nous n’avons plus le temps. Le « développement durable » n’a pour fonction que de maintenir les profits et d’éviter le changement des habitudes en modifiant, à peine, le cap. Mais ce sont les profits et les habitudes qui nous empêchent de changer de cap. Quelle est la priorité ? Les profits ou le bon cap ?
Et voici la question centrale : Alors que tout cela est clair, pourquoi le système est-il si obstinément incapable de bouger ?

du chroniqueur écolo du Monde, Hervé Kempf, dont chaque livre déborde de questions sans réponses... allez savoir pourquoi ?

dimanche 11 décembre 2011

du rire d'interrogation, et de la folie des encres

Qu’est ce que l’humour juif ?
Vous pensez que le mot shmock vient de Shakespeare ?
Proust est il plus drôle que Kafka ?
Quels rires provoquent les textes de Saul Bellow, des Marx Brothers, de Chaplin, Perec, Woody Allen, Jerôme Charyn, Tristan Bernard, René Goscinny, Philip Roth, Moacyr Scliar, Israel Zangwill, Singer, ou Gotlib ?
L’humour juif est il un tout ?
L’humour juif  fait il couler des océans de larmes ?
Est il rire pour ne pas pleurer ou pleurer de rire ?
Spinoza fait il marrer, comme le soulignait Deleuze ?
L’humour juif éloigne t’il de Dieu ? 

S’adresse t-il à la non-vie ? 
Dénonce-t-il la régression ? 
Est il une marque de faiblesse, une attitude esthétique, un phénomène psychique, une ironie contre soi même, une chose suffisamment sérieuse pour que de multiples livres lui soient consacrés ?


Mais non, vous n’aurez pas les réponses à toutes ces questions...
Tout est trop relatif...

L’abécédaire incomplet de l’humour juif
(textes de Sholem Aleichem, Patricia Berreby, Joseph Bialot, Muriel Bloch, Chochana Boukhobza, Elisabeth Brami, Henry Bulavsko, Cyrille Fleismann, Catherine Fugh, Alain Gluckstein, Ludovic Hary, Yaël Hassan, Etgar Keret, Laurent Levy, Michel Marx, Susie Morgenstern, Isaac Leib Peretz, Rosie Pinhas-Delpuech, Mauricio Rosencof, Laurent Sagalovitsch, Moacyr Scliar, Ana Maria Shua, Joëlle Tiano, Rebecca Wengrow et la participation sur le DVD  de Haïm Korcia, Isy Morgenzstern, Gérard Rabinovitch et Judith Stora-Sandor & de multiples raconteurs)

et 

Joies du yiddisch 
de Leo Rosten

Mardi 13 décembre
à partir de 18h30

Folies d’encre
9 avenue de la résistance
93100 Montreuil

mardi 29 novembre 2011

pensée inique ?


Mesurez votre taux de pensée inique

Etes-vous vraiment un bon penseur inique ?

Est-ce qu'il vaut mieux :
A/ prendre aux riches pour donner aux pauvres ?
B/ prendre aux riches pour donner aux riches ?
C/ prendre aux pauvres pour donner aux riches ?
D/ prendre aux pauvres des pays riches pour donner aux riches des pays pauvres ?

A/ Prendre aux riches pour donner aux pauvres, est-ce que c'est :
a/ une utopie chronique ?
b/ une utopique anachronie ?
c/ une illusion comique ?
d/ la révolution ?

B/ Prendre aux riches pour donner aux riches, est-ce que c'est :
a/ le cours normal des choses ?
b/ le cours de la bourse ?
c/ le coup de c'est la faute à la fatalité ?

C/ Prendre aux pauvres pour donner aux riches, c'est :
a/ une économie de gestion ?
b/ une économie de marché ?
c/ le jeu très libre du très libre échange ?

D/ Prendre aux pauvres des pays riches pour donner aux riches des pays pauvres, c'est :
a/ de l'aide au développement ?
b/ de l'aide au développement ?
c/ de l'aide au développement ?

Ce texte de Jacques Rebotier date de 1990 et a été publié dans Description de l'omme.
On le trouve dans le spectacle La Revanche du dodo (Théâtre Gérard-Philippe de Saint-Denis, 2009), parlé-dansé par Caroline Espargilière et Marie Payen, flanquées de la contrebasse de Anne Gouraud.

lundi 28 novembre 2011

Hervé Le Tellier, La qui flanche


écrit sur la mémoire, ou plutôt son trouble, le poème La qui flanche (in « Zindien » avec des dessins de Henri Cueco, publié en 1999 aux éditions Syllepse dans la collection Libre espace) est aussi un hommage au fameux Je me souviens de Georges Pérec. Un contre-hommage peut-être, au sens où on parlait de contre-blason au XVI ème siècle.
La qui flanche  me parait aussi un traveling arrière – et achronique –, de l'univers et de sa création originelle au moment présent du geste d'écrire, du méta-texte en quelque sorte, mais peut-être m'égarè-je ?  J.R.


Merci encore à Frédérique Bruyas

Au commencement, Dieu créa le ciel et la quoi déjà?
Notre Père qui êtes aux quoi, déjà?
Je vous salue, Marie, pleine de quoi déjà?
Roland est preux et Olivier est quoi déjà?
Que sont mes amis devenus que j'avais de si près tenus et tant quoi, déjà?
Mignonne, allons voir si la quoi, déjà?
Mieux est de ris que de larmes écrire pour ce que rire est le propre de quoi, déjà?
Je pense donc je quoi, déjà?
Amour, amour, quand tu nous tiens, on peut bien dire "Adieu, quoi, déjà?"
Plutôt souffrir que mourir c'est la devise des quoi, déjà?
L'homme est un roseau, mais un roseau quoi, déjà?
Rodrigue, as-tu du quoi déjà?
Liberté, Égalité, quoi déjà?
Le petit chat est quoi, déjà?
Qu'allait-il faire dans cette quoi, déjà?
Un seul être vous manque et tout est quoi déjà?
La Déclaration Universelle des Droits de quoi déjà?
Les sanglots longs des violons de l'automne bercent mon coeur d'une langueur quoi déjà?
Longtemps, je me suis couché de bon quoi déjà?
La chair est triste, hélas, et j'ai lu tous les quoi déjà?
Les plus désespérés sont les chants les plus quoi déjà?
Le jour n'est pas plus dur que le fond de mon quoi, déjà?
Le capitalisme est l'exploitation de l'homme par quoi, déjà?
Nous ne sommes rien, soyons quoi, déjà?
Je vous souhaite d'être follement quoi déjà?
T'as de beau quoi, déjà?
E = mc quoi, déjà?
Dieu ne joue pas aux quoi, déjà?
L'amour, c'est l'infini à la portée des quoi déjà?
Toute ma vie, je me suis fait une cer-taine idée de la quoi déjà?
Je souhaite la victoire de la quoi déjà?
Paris humilié, Paris martyrisé, mais Paris quoi déjà?
Si ma tante en avait, on l'appellerait déjà quoi déjà?
Faites l'amour, pas la quoi déjà?
I can get no quoi, déjà ?
Faut dire que c’est plutôt une boisson de quoi déjà ?
Nous sommes tous des Juifs de quoi déjà ?
La cimaise, ayant chaponné tout le quoi déjà ?
C’est roulé à la main sous les quoi déjà ?
La maladie où l’on oublie tout, c’est la maladie de quoi déjà ?
Je me souviens qu'en 1978 Georges Perec a écrit quoi déjà?
L’Ouvroir de Littérature quoi déjà ?
 
Hervé Le Tellier
et en lecture par l’auteur :


dimanche 27 novembre 2011

Clarice Lispector se et nous questionne

Merci à Frédéric Werst : pour nous faire passer cet extrait de La Découverte du monde (Edition des femmes), recueil de chroniques que Clarice Lispector a tenues chaque samedi au Jornal do Brasil, d'août 1967 au 2 janvier 1974, jour où elle fut licenciée sec. 
    ( traduction en wardwesân en cours )
Je recommanderais aussi l'immersion dans Où étais-tu pendant la nuit ? 
taux interrogatif : élevé.


Et cette ultime question ultime, également tirée de La Découverte du monde


Est-ce que mourir est le dernier plaisir terrestre ?



samedi 26 novembre 2011

solides questions liquides : pauvres riches ?

Catherine Robert, putative questionneuse-accoucheuse aux Lilas (à suivre prochainement ici ?), attire notre attention sur les Questions de Max Frisch, et tout particulièrement la 15.
Examinez attentivement la 11, et vite !



QUESTIONNAIRE

max frisch questionnaire l'argent
1.
Détestez-vous l'argent liquide?
2.
Pourquoi?
3.
Avez-vous déjà dû vivre sans argent liquide?
4.
Lorsque vous rencontrez quelqu'un en slip de bain et que vous ignorez tout de ses conditions de vie: à quoi reconnaissez-vous au bout de quelques mots (ne portant pas sur l'argent) tout de même le riche?
5.
Combien d'argent aimeriez-vous posséder?
6.
À supposer que vous soyez dans le besoin et que vous ayez un ami riche qui veut vous aider, et il vous donne une somme considérable (par exemple pour que vous puissiez faire vos études) et éventuellement également des costumes à lui qui sont encore en bon état: qu'acceptez-vous avec le moins de gêne?
7.
Avez-vous déjà volé:
a. de l'argent liquide?
b. des objets (un livre de poche au kiosque, des fleurs dans le jardin d'autrui, une édition originale, des chocolats sur un terrain de camping, des crayons bille qu'on a laissés traîner, un souvenir d'un mort, des serviettes de toilette dans un hôtel, etc.)?
c. une idée?
8.
Tant que vous ne possédez pas de patrimoine et avez des revenus modeste, les riches ne parlent pas volontiers d'argent devant vous mais avec d'autant plus de chaleur de questions qu'on ne peut régler avec de l'argent, p.ex. d'art: ressentez-vous cela comme du tact?
9.
Que pensez-vous de l'héritage:
a. quand vous en avez un en perspective?
b. sinon?
c. quand vous considérez un nourrisson en sachant que, quoi qu'il advienne de lui, il possédera la moitié d'une usine ou une villa, un terrain qui n'a pas à redouter l'inflation, une maison de vacances en Sardaigne, cinq immeubles de rapport en banlieue?
10.
Êtes-vous épargnant? Et si oui:
11.
Expliquez comment il se fait que la Banque Nationale détermine quelle est la valeur de l'argent que vous avez obtenu en salaire et épargné, et au profit de qui vos économies se volatilisent soudain.
12.
À supposer que vous soyez issus d'un milieu simple et disposiez inopinément d'un gros revenu, de telle sorte que l'argent ne joue pour ainsi dire plus aucun rôle pour vous: vous sentez-vous personnellement inchangé? Et si oui: vos amis jusqu'alors trouvent-ils la même chose ou trouvent-ils que l'argent joue bien un rôle, en vous déformant personnellement?
13.
Combien coûte à l'heure actuelle une livre de beurre?
14.
Si vous vous trouviez dans la situation de pouvoir vivre d'intérêts: vous considérez-vous comme n'étant pas un exploiteur parce que, bien que vous puissiez vivre des intérêts, vous travaillez vous aussi?
15.
Redoutez-vous les pauvres?
16.
Pourquoi pas?
17.
à supposer que vous soyez un grand mécène, c.-à.-d. que vous distribuiez à des gens que vous estimez personnellement une part des intérêts considérables tirés du travail d'autres personnes: comprenez-vous l'estime publique dont vous jouissez en tant que mécène, et votre propre absence de gêne à cette occasion?
18.
Que ne faites-vous pas pour de l'argent?
19.
Timon d'Athènes, pour éprouver l'amitié de ses amis, a, un jour, servi à sa table des écuelles remplies d'eau seulement: il apprit ce faisant ce qu'à vrai dire il savait déjà, et se montra amèrement déçu des hommes car, voyez, ils venaient toujours pour sa seule richesse et n'étaient pas de vrais amis. Trouvez-vous justifiées les grandes malédictions qu'il jette sur les autres? Manifestement, le riche Timon d'Athènes avait pensé pouvoir acheter l'amitié.
20.
Aimeriez-vous une femme riche?
21.
Comment vous expliquez-vous que, riche, vous montriez volontiers que vous vous refusez quelque chose que vous pourriez vous offrir sans problème (p.ex. un yacht) et que vous ressentiez une joie presque puérile à avoir acheté quelque chose particulièrement bon marché, pratiquement pour rien, de sorte que n'importe qui aurait pu se l'offrir, et pourquoi êtes-vous en même temps passionné d'objets irremplaçables, tels qu'icônes, sabres, porcelaines de l'époque Ming, gravures sur cuivre, oeuvres de maîtres défunts, monnaies historiques, autographes, tapis de prière du Tibet, etc.?
22.
Qu'est-ce qui vous déplaît dans un nouveau riche:
a. qu'il s'en sorte sans héraldique?
b. qu'il parle d'argent?
c. qu'il ne dépende pas de vous?
23.
Comment justifiez-vous votre propre richesse:
a. par la volonté de Dieu?
b. par le fait que vous la devez uniquement à vos capacités personnelles, c.-à.-d. par l'hypothèse que d'autres facultés qui ne se convertissent pas en revenus sont de moindre qualité?
c. par un comportement digne?
d. en vous disant que seuls les riches peuvent d'une manière générale faire marcher une économie pour la prospérité de tous, c.-à.-d. par l'esprit d'entreprise?
e. par la charité?
f. par votre culture supérieure que vous devez à une richesse héritée ou à une fondation?
g. par un mode de vie ascétique?
h. par une probité scrupuleuse dans tous les domaines de la morale qui ne touchent pas au système bourgeois du profit, de même que par l'intériorisation des conditions existantes, la sensibilité aux choses de la culture, le goût, etc.?
i. par le fait que vous payez des impôts considérables?
k. par votre hospitalité?
l. en vous disant que de mémoire d'homme il y a toujours eu des pauvres et des riches et qu'il y en aura donc toujours, c'est-à-dire que vous n'avez absolument aucun besoin de vous justifier?
24.
Si, non de votre propre volonté (tel Saint François d'Assise) mais en raison des circonstances, vous redeveniez pauvre: seriez-vous, après avoir connu, en tant que leur égal, la manière de penser des riches, aussi patient qu'autrefois envers eux, désarmé par le respect?
25.
Avez-vous une fois mis le feu avec un briquet à un billet portant le portrait d'un grand écrivain ou d'un grand capitaine dont la dignité passe de main en main et vous êtes-vous demandé en face des cendres où était maintenant la valeur garantie?

Max FrischJournal 1969
Personnellement, j'adore la 18.
JR

mercredi 23 novembre 2011

John Cage et les gens : arrêter la musique ?


QUESTIONS SUR LA MUSIQUE


La musique n'est-elle que de sons?
Un camion qui passe est-il de la musique?
Lequel est le plus musical d'un camion qui passe devant une usine et d'un
camion qui passe devant une école de musique?
Les gens son-ils musiciens à l'intérieur de l'école, non-musiciens au-
dehors? Et si ceux qui sont à l'intérieur n'entendent pas très bien, est-ce
que ça change ma question?
Les sons ne sont-ils que des sons ou sont-ils Beethoven?
Les gens ne sont pas des sons, n'est-ce pas?
Le silence existe-t-il?
Même si je m'éloigne du monde, faut-il que je continue d'écouter quelque
chose?
Disons que je suis dans les bois, faut-il que j'écoute le babil du ruisseau?
Y a-t-il toujours quelque chose à écouter, jamais ni paix ni calme?
Si j'ai la tête pleine d'harmonie, de mélodie et de rythme, qu'est-ce qui
m'arrive quand le téléphone sonne, qu'est-ce qui arrive veux-je dire à ma
paix et à mon calme?
Y a-t-il une raison quelconque de demander pourquoi?
Demanderais-je pourquoi si les questions n'étaient pas des mots mais des
sons?
Si les mots sont des sons, s'agit-il de musique ou seulement de bruits?
Sont-ils musicaux?
Je vous demande, aussi, un jour, les sons se produisant dans le temps,
qu'adviendra-t-il de notre expérience de l'écoute, la vôtre, la mienne, nos
oreilles à l'écoute, qu'adviendra-t-il si les sons qui sont beaux s'arrêtent
un jour, et que les seuls sons qui restent ne soient pas beaux mais laids,
qu'adviendra-t-il de nous?
Pourrions-nous jamais en venir à penser que les sons que nous trouvons laids
soient beaux?
Si vous deviez compter sur vos dix doigts la musique que vous emporteriez si
vous alliez au Pôle Nord, que choisiriez-vous?
Et si je trouvais ou si quelqu'un d'autre trouvait le moyen de laisser un
son être lui-même, est-ce que tous les gens à portée de voix pourraient
l'écouter?
Pourquoi y a-t-il tant de gens qui ont du mal à écouter?
Pourquoi se mettent-ils à parler dès qu'il y a quelque chose à entendre?
Ont-ils les oreilles non pas de chaque côté de la tête mais situées à
l'intérieur de la bouche si bien que quand ils entendent quelque chose leur
première réaction est de parler?
Il faudrait rendre la situation plus normale, vous ne trouvez pas?
Pourquoi ne peuvent-ils pas fermer la bouche et ouvrir les oreilles?
Sont-ils stupides?
Et, si oui, pourquoi n'essaient-ils pas de cacher leur stupidité?
Apprend-on à mal se tenir quand on apprend à connaître la musique?
Le fait d'aimer la musique vous rend-il automatiquement stupide et incapable
d'écouter?
Dans ce cas, ne pensez-vous pas qu'on devrait arrêter l'étude de la musique?

John Cage

questions vitales vitalement recueillies par Frédérique Bruyas, 
Grand-croix de la question sonore